Le papier et l’impression éco-responsable

par | 4 Sep 2022 | Podcast

Le papier et l’impression, ou plus généralement l’industrie de l’édition, constituent un terrain particulièrement fertile au développement de pratiques plus responsables. C’est donc avec plaisir que Céline a eu le plaisir d’échanger avec Camille, co-fondatrice d’Atelier Lichen, et experte en print et édition éco-responsable, pour ce nouvel épisode de Cogiter.

Un épisode qui promet d’être instructif pour vous aider à bien choisir votre papier, votre imprimeur et votre type d’impression, ainsi que pour débunker toutes les idées reçues de l’industrie éditoriale (labels, encres végétales, papiers ensemencés…) ! Un pas supplémentaire dans votre communication éco-responsable 😉

1. Les labels éco-responsables, comment s’y retrouver ?

On en entend beaucoup parler, il en existe beaucoup et il est bien difficile de s’y retrouver. Ça tombe bien, Camille liste justement les 14 principaux labels dans son livre blanc, à retrouver juste ici !

Les labels les plus répandues – 1er débunkage

Les PEFC et FSC : contrairement à ce que l’on pourrait penser, il s’agit de labels de gestion forestière. Ces deux labels vont certifier que le papier n’est pas issu, notamment, de la déforestation, mais ils ne certifient pas qu’il est fabriqué écologiquement derrière. Le label FSC notamment n’a donc pas vraiment de valeur à lui seul pour garantir l’éco-responsabilité du papier. Dans l’idéal, il est préférable de le doubler avec l’un des labels ci-dessous.

Les labels spécifiques

  • Le Cradle-to-cradle,
  • Le Blue Angel (certainement l’un des plus exigeant),
  • Le Nordic Swan (davantage répandu dans les pays nordiques),
  • L’Ecolabel Européen.

Ces 4 labels sont les plus transversaux. Ils peuvent notamment certifier l’encre, les imprimeries, les machines, et parfois des papeteries entières ! Leurs exigences sont donc spécifiques à la fabrication et aux produits, mais aussi à l’engagement social et à la fin de vie du papier. Ils sont donc idéals dans une démarche durable.

Le label Imprim Vert – 2ème débunkage

Spécifique aux imprimeries, il est très répandu mais on se méprend souvent sur sa signification. On peut penser que les imprimeries ont alors des compétences/connaissances spécifiques sur les papiers éco-responsables, les encres ou les techniques d’impression alors qu’il s’agit d’un label de stockage et d’élimination des déchets dangereux. Donc ça n’a rien à voir ! Il certifie que l’imprimeur va stocker et éliminer proprement ses déchets, ce que tout le monde fait normalement aujourd’hui.

Les labels RSE (Responsabilité Sociétale des Entreprises)

  • L’ISO 14 001
  • Le Print éthique : il s’agit de l’adaptation de l’ISO 26 000 au secteur de l’industrie graphique.

Ces 2 labels viennent garantir la manière dont les entreprises s’insèrent dans le tissu social, économique et environnemental. Ils ne vont donc pas avoir de critères spécifiques concernant la production du papier ou les techniques d’impression.

Supports de communication imprimés livraison

2. Les techniques d’impression sur papier

Au-delà des labels, rien ne vaut une discussion avec son imprimeur avant d’imprimer ses supports, voire même le fabricant de papier quand cela est possible. C’est le meilleur moyen de savoir ce que signifie l’impression éco-responsable pour eux, où ils en sont, leurs connaissances au niveau des techniques d’impression, car ce sont ces dernières qui vont influer sur le recyclage.

Par exemple, beaucoup d’impressions se font aujourd’hui à l’UV (Ultra Violet) car le séchage est instantané. Le problème avec cette technique, c’est que le papier ne se désencre globalement pas. Au moment du recyclage, on ne peut donc pas le récupérer blanc et il sera finalement recyclé en papier toilette ou en carton. L’UV reste donc en partie écologique car il consomme moins (de gaz et d’électricité) qu’une sécheuse LED.

3. Les pratiques à bannir pour le recyclage et limiter les pertes de papier

  • Le pelliculage, encore plus lorsqu’il est à double face : 1 face complique le recyclage et 2 faces l’empêche totalement. Si le papier est destiné à avoir une vie longue, le pelliculage peut se réfléchir mais il est toujours mieux d’essayer de l’éviter pour le recyclage. On peut préférer le vernis, bien que cela reste un produit chimique.
  • Les colles hot melt : ces colles fondent et s’incrustent dans le papier, ne pouvant donc être recyclé ! Voilà encore une question intéressante à poser à son imprimeur.
  • Les contre-sens tels que choisir une encre biodégradable et y appliquer un pelliculage.
  • Mettre à recycler un papier biodégradable (au lieu du compost) car ce n’est tout simplement pas fait pour !
  • L’utilisation de formats non-standards (ronds par exemple) qui créent des chutes et donc du gaspillage à la découpe. L’idéal est de suivre au maximum les formats standards (A4, A5…) pour ses supports.

4. Que signifient vraiment les encres végétales ? – 3ème débunkage

Il existe deux grands types d’encres : les minérales (issues du pétroles) et les végétales (issues de l’agriculture). En France, voire même en Europe, il n’y a plus énormément d’encres minérales pour de l’impression feuille à feuille offset. Tout se fait maintenant sur une base végétale.

Les encres végétales sont donc la base, ce n’est pas nécessairement un choix montrant un quelconque engagement écologique. De plus, les produits chimiques (pigments, agents de séchage, siccatifs…) restent les mêmes que pour les minérales. Ce n’est donc pas parce qu’une encre est végétale qu’on peut la jeter dans l’environnement, elle reste chimique !

Il existe des encres 100% naturelles et biodégradables mais pas à un niveau industriel. On les retrouve dans de petites imprimeries pour des commandes spécifiques.

5. Les papiers ensemencés et à base de résidus de fruits, est-ce vraiment éco-responsable ? – 4ème débunkage

Sur ce point, Camille reste mitigée et pour cause : la fabrication et la traçabilité de ces papiers ayant le vent en poupe reste opaque. On peut avoir l’impression que ces alternatives sont naturelles voire locales alors que la plupart sont importés du Canada ou des États-Unis. Concernant les graines c’est encore pire, surtout lorsqu’on sait que l’essentiel est la propriété de Monsanto, entreprise que tout le monde n’a pas envie de financer…

Le papier et l’impression éco-responsable

Un point important pouvant poser problème autour des papiers ensemencés et à base de résidus de fruits est la communication. Cette dernière, très poussée sur l’engagement, nous donne l’impression de “sauver la planète” en les utilisant… alors que non ! On entre alors dans un discours proche du greenwashing. Plutôt que communiquer sur le fait qu’il n’y a pas d’impact (ce qui est faux, sinon on arrêterait simplement de produire), il serait plus judicieux d’évoquer que ces papiers permettent de le réduire.

Concernant les papiers à base de résidus de fruits, une attention particulière peut être portée sur la provenance des résidus. S’ils proviennent de ressources alimentaires, et évitent ainsi du gaspillage, c’est l’idéal. En revanche, s’ils remplacent des ressources qui pourraient être alimentaires ou des terrains cultivables, c’est tout de suite moins écologique ou éthique.

Globalement, il faut surtout être vigilant(e) à l’encre que l’on met sur ce type de papiers biodégradables. Si l’encre ne l’est pas également, on perd le sens premier et elle restera dans l’environnement.

6. Le choix de l’imprimerie et du papier

Lorsqu’on sait que 80% de l’impact de l’imprimé provient du papier, ce dernier devient alors la pierre angulaire de toute impression. La qualité du papier joue notamment un rôle important. S’il est déjà de qualité, il n’aura par exemple pas besoin d’une couche de pelliculage ou de vernis polluant pour le rendre davantage résistant et durable.

Du côté de l’imprimeur, privilégier le local reste toujours mieux pour éviter de faire venir sa commande de l’autre bout de la France. De même, il est tout à fait possible de spécifier lors du devis que l’on ne veut pas que la livraison du produit final soit filmée à l’intérieur du carton afin de réduire sa consommation de plastique.

7. Le numérique est-il vraiment préférable au papier ? – 5ème débunkage

On ne s’en rend pas compte car le numérique n’est pas quelque chose de palpable contrairement au papier, mais il reste très polluant. Depuis qu’on s’aperçoit de l’emprunte environnementale du numérique (cf plusieurs de nos Green Tips à retrouver ici), on constate que le papier regagne peu à peu en popularité.

Une étude ACV (Analyse de Cycle de Vie) numérique versus papier, sur un certain nombre de types de communication, a démontré que dans 80% des cas le papier avait une emprunte moindre que le numérique pour une même campagne (source à retrouver ici).

De façon générale, tout reste une question de sobriété, que ce soit pour le numérique ou le papier. Il ne s’agit pas de choisir entre l’un et l’autre mais plutôt d’analyser son besoin et de jauger la sobriété que l’on veut injecté dans le support choisi pour qu’il soit le moins dommageable pour l’environnement.

8. Qu’est-ce que les industries à grande échelle mettent en place pour réduire leur impact environnemental ?

Les industries s’appuient aujourd’hui beaucoup sur le recyclage pour clamer leur démarche écoresponsable. Mais c’est à nuancer pour plusieurs raisons :

  • Un papier ne se recycle pas indéfiniment mais 5 fois maximum. À chaque fois les fibres du papier d’origine vont s’abimer et nécessiter l’ajout de fibres de papier vierge pour retrouver la consistance/couleur souhaitée.
  • Les productions de papiers 100% recyclés n’existent pas contrairement à ce que laissent entendre certains discours. Pour faire du papier recyclé, il faut obligatoirement du papier vierge. Donc si en parallèle on ne fait plus de papier vierge, il n’y aura plus de papier du tout !
  • En France il n’y a quasiment plus d’usine de recyclage du papier (la dernière est sur la sellette depuis plusieurs mois), ce qui implique que la collecte se fait ici mais que le recyclage lui se fait à l’étranger (notamment en Espagne, Allemagne, Autriche…), des pays dont l’énergie n’est pas forcément propre. Un exemple assez aberrant vient tout droit de la dernière campagne présidentielle. Les prospectus envoyés contenant les programmes des différents candidats ont été imprimés sur du papier recyclé. Afin de s’en procurer en évitant les pénuries et grèves actuelles, le papier a été importé… d’Indonésie ! On se demande donc si ça valait vraiment le coup d’aller le chercher aussi loin.

Le recyclage n’est donc pas la solution à tout et ne devrait pas être une excuse derrière laquelle on se cache ou pire : un prétexte pour sur-produire sous prétexte que ça se recycle. Dans l’édition, par année, ce sont 15% de la production de livres qui partent au pilon sans jamais avoir été vendus ou même en librairie. Cela représente environ 26 000 tonnes de livres produits et presque aussitôt détruits. On constate donc une certaine part de sur-production.

Pour être vraiment responsable, la première chose qu’il faut réussir à mettre en place c’est la réduction. Il y a aussi une nécessité de revoir le modèle économique qui n’est plus adapté aux problématiques actuelles. Lorsqu’on sait qu’il y a une réduction des coûts en fonction de la quantité (plus on imprime un exemplaire, moins son coût à l’unité est élevé) cela ne pousse pas à faire des économies d’échelle.

9. Les tips à garder en tête pour imprimer éco-responsable

  • Bien analyser ses besoins, son utilisation et ce qu’on a déjà imprimé dans le passé pour savoir quels formats, tirages et types de graphisme seront les plus adaptés et éco-responsables. Pour ça, il peut aussi être interessant de “partir à l’envers”, c’est à dire de la destruction du produit jusqu’à sa création.
  • Échanger avec son imprimeur pour composer avec lui avant l’impression, voire même avant la conception graphique. Engagements, réduction du coût environnemental, demandes spécifiques de papiers ou de réduction de l’emballage à l’envoi… n’hésitez pas !
  • Privilégier une imprimerie locale !
  • Bien faire attention au papier, à sa provenance, sa production, son recyclage… Pour aller plus loin on peut aussi demander en amont à son imprimeur les paper profil, qui sont les déclarations environnementales du papier avec le détails de ses émissions en CO2, sa consommation électrique, sa composition chimique, etc…
  • Avoir une attention particulière sur le graphisme pour faire en sorte de réduire la consommation d’encre qui, comme nous l’avons vu, reste chimique bien que possédant une base végétale.
  • Éviter les gros tirages rotatifs ou favoriser les imprimeries utilisant les encres blanches pour ce type de tirages. Les encres ink-set globalement utilisées à cet effet, sont davantage chimiques.


Les coordonnées de l’invitée :

✒️ Cet article a été écrit par Clarisse, en s’appuyant sur les propos de Camille.

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